BELAD JEBALA

La terre et ses hommes
 
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 Chanvre indien

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sophos
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MessageSujet: Chanvre indien   Ven 4 Déc 2009 - 8:49

Selon, M. Elmoussati, c’est «un thème qui […] n'est pas abordé dans le forum et qui a beaucoup d'importance pour la région: c'est la culture du chanvre indien. En quoi et comment cette culture a amélioré les conditions d'existence des pauvres fellahs ? En quoi et jusqu'à quel point cette culture a modifié, pour ne pas dire détérioré, certaines valeurs, certaines pratiques, les liens sociaux entre tribus et psychosociaux entre individus ? »

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MessageSujet: Re: Chanvre indien   Dim 6 Déc 2009 - 11:29

Histoire du chanvre indien au Maroc

« On ne sait exactement à quel moment de l’histoire, le chanvre indien a été introduit au Maghreb. En tout cas, EL-BEKRI (XIe siècle) ne l’a pas signalé au Maghreb dans son récit de voyage, pas plus qu’IBN AL-BAYTAR qui pourtant connaissait la plante puisqu’il l’a vu en Egypte où elle était déjà cultivée, sous le nom de hašîša, pour la production de drogue. D’après l’historien AL-MAQRIZI, c’est au XIIIe siècle que la culture du chanvre indien fut introduite en Egypte. Pour NAHAS (1973), cette culture fur acclimatée en Afrique du Nord vers la même période, en tout cas bien avant le XVe siècle. Mais l’usage du chanvre indien comme stupéfiant y était déjà connu depuis bien longtemps, répandu par les Arabes lors de leur conquête du Maghreb.

La culture de la plante n’était pas alors localisée strictement dans le Nord, comme c’est le cas aujourd’hui. Elle était pratiquée un peu partout dans les jardins privés, les potagers et les vergers, mais jamais à grande échelle. On trouvait la culture du kîf jusque dans les oasis du Gourara et du Touât, d’où il était exporté vers le Soudan. Puis à partir de la fin du XVIIIe siècle, le Rif devint la principale région productrice.

Quoiqu’il en soit, il est certain que la culture du kîf n’a reçu l’essor qu’elle connaît aujourd’hui dans le Rif, en tant que culture de rente, que ces 4 ou 5 dernières décennies, en même temps que se développait le trafic international du Cannabis.

Il faut croire, cependant, que l’usage du kîf s’était déjà répandu au sein de la population dans les années 1800, puisque à la fin du XIXe siècle, le sultan Moulay Hassan dût édicter des mesures très rigoureuses contre le commerce de la drogue (EN-NACIRI). Mais l’usage du kîf était déjà devenu incontrôlable. Durant la période du Protectorat, sa vente devint même officielle et releva du monopole de la Régie des Tabacs qui commercialisait le kîf haché ou des mélanges chanvre indien-tabac à 33 % ou 20 % de chanvre, sous divers noms de marque (Jiyed, etc.), fabriqués dans ses ateliers de Tanger et de Kénitra. Cette situation se prolongera jusqu’en 1953, date à laquelle la vente du chanvre indien fut interdite par un premier dahir, suivi d’un second dahir en date du 24 Avril 1954 qui étendit l’interdiction à la production et à la consommation.

Au Maroc, on distinguait autrefois, trois types principaux de kîf : le ktami, le zerwali et le gnawi (selon les régions de production), tous trois assez exigeants en eau. »

Source :
Jamal Bellakhdar, « Le chanvre dans la pharmacopée marocaine », en ligne, sur le site de : chanvre-info.ch., disponible à l’adresse URL suivante : http://www.chanvre-info.ch/info/fr/Le-chanvre-dans-la-pharmacopee.html

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Dernière édition par sophos le Dim 6 Déc 2009 - 11:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chanvre indien   Dim 6 Déc 2009 - 11:33

Les préparations stupéfiantes à base de chanvre indien au Maroc

« Le chanvre indien du Rif sert à fabriquer le kîf, encore appelé hšîša (litt. : l’herbe, par excellence). Le bon kîf est en principe constitué de sommités fleuris femelles plus leurs bractées (à l’exclusion, de tout autre partie de la plante), séchées et hachées. Le kîf est fumé dans des pipes spéciales (sebsi), en bois décoré, munies de petits foyers en terre cuite, généralement mélangé au tabac. Les fumeurs de kîf accordent une grande importance au choix de leur pipe. Le tube ne doit être ni trop long ni trop court pour que la fumée puisse déposer son goudron sans, toutefois, trop se refroidir. Le fourneau doit être en bonne terre réfractaire pour que la température puisse monter à 800-1000°, température à laquelle les principes actifs se volatilisent très vite. Le bois du tube de la pipe est généralement prélevé sur des branches d’espèces à moelle intérieure tendre pouvant être évidée avec une broche. Mais le bois doit être dur. On utilise généralement Jasminum fruticans L. ou Nerium oleander L. ou encore Viburnum tinus L.

On fabrique aussi, à partir du chanvre indien, la šîrra, résine extraite de sommités fleuries femelles, par battage de la plante, tamisage de la poudre obtenue et adjonction à celle-ci de divers ingrédients : eau de vie, miel, etc., pour former une pâte qui, en séchant, durcit. La šîrra est présentée en tablettes (comme du chocolat), en petites briques ou en bâtonnets. La šîrra est destinée à être fumée, mélangée au tabac, ou mangée dans des confiseries, des gâteaux, des dattes fourrées ou des plats riches en viandes et en glucides.

Le ma’jûn (litt : pâte, confiture) est une sorte d’électuaire pâteux préparé à partir de résine de chanvre (šîrra) et d’un certain nombre de substances dont la liste est variable (voir électuaire dit ma’jûn).

Le ma’jun est le plus souvent mangé dans des gâteaux (lamûna, en particulier), des confiseries, des plats cuisinés très relevés ou en accompagnement de boissons chaudes (thé ou café). Le ma’jûn a été chanté par Baudelaire dans " Les paradis artificiels " (" Le poème du haschich ").

On fabrique aussi depuis quelques années à la demande des trafiquants internationaux une " huile de kîf " (zît el-kîf) qui renferme jusqu’à 70% de principes actifs. Le procédé de fabrication n’est pas bien connu, mais on sait qu’il fait intervenir des solvants organiques dans la première phase, qui doit être probablement une extraction solide-liquide. »

Source :
Jamal Bellakhdar, « Le chanvre dans la pharmacopée marocaine », en ligne, sur le site de : chanvre-info.ch., disponible à l’adresse URL suivante : http://www.chanvre-info.ch/info/fr/Le-chanvre-dans-la-pharmacopee.html

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MessageSujet: Re: Chanvre indien   Dim 6 Déc 2009 - 11:35

Électuaire dit ma’jûn

« Le ma’jûn (litt : pâte, confiture) est une sorte d’électuaire pâteux préparé à partir de résine de chanvre indien et d’un certain nombre de substances dont la liste est variable. On y trouve, en général, à côté de la šîrra (résine de chanvre indien), de la maniguette, de la cantharide, des graines de datura stramoine, des graines de jusquiame, des baies de belladone, du cubèbe, des graines de pavot, du gingembre, de la cannelle de Ceylan, de la noix de muscade, de la cardamome, du safran, du poivre noir, des amandes, des noix, du miel, de la gomme arabique, parfois aussi mais rarement, de l’opium. La pâte finalement obtenue, contenant tous les ingrédients mélangés et pétris avec du beurre, est divisée en petites boulettes.

On peut remplacer la šîrra dans le ma’jûn par un extrait concentr&eacuteA ?? ; de sommités fleuries femelles et de graines de chanvre indien ; cet extrait est obtenu en réduisant fortement au feu une décoction faite avec sommités et graines en mélange, puis en ajoutant du beurre et en continuant la cuisson pendant deux heures. »

Source :
Jamal Bellakhdar, « Le chanvre dans la pharmacopée marocaine », en ligne, sur le site de : chanvre-info.ch., disponible à l’adresse URL suivante : http://www.chanvre-info.ch/info/fr/Le-chanvre-dans-la-pharmacopee.html, consulté le 6 décembre 2009

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MessageSujet: Re: Chanvre indien   Dim 6 Déc 2009 - 11:35

Sources écrites arabes

« Le chanvre indien est généralement cité par tous les auteurs arabes pour propriétés thérapeutiques et stupéfiantes. IBN AL-BAYTAR (LECLERC, 1877-1883, n° 1847) le mentionne comme stupéfiants sous le nom de qannab hindî et hašîša, mais ne cité pas le vernaculaire marocain. La ’Umdat at-tabîb (n° 2149) ne donne pas non plus le mot kîf, mais nous apprend que la hašîša est mangée (et non fumée)comme stupéfiants. AL-WAZIR AL-GHASSANI (n° 370) dit la même chose et précise que son usage au Maroc est en train de se répandre (à l’époque de l’auteur, c.à.d. au XVIe siècle). La Tuhfat al-ahbâb (n° 444) se contente de mentionner l’espèce. ABDEREZAQ ne le décrit pas.

Une recherche bibliographique récente (MERZOUKI & al., 1994) donne une liste des traités arabo-islamiques qui traitent à un titre ou à un autre du chanvre indien. »

Source :
Jamal Bellakhdar, « Le chanvre dans la pharmacopée marocaine », en ligne, sur le site de : chanvre-info.ch., disponible à l’adresse URL suivante : http://www.chanvre-info.ch/info/fr/Le-chanvre-dans-la-pharmacopee.html

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MessageSujet: Re: Chanvre indien   Dim 6 Déc 2009 - 11:43

« La culture du chanvre et la production du cannabis au Rif », dans : Cannabis, approches thérapeutiques contemporaines, sous la dir. d’Emmanuel Streel et Léonie chinet, préf. de Bernard Roques, Bruxelles, De Boeck, 2008

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MessageSujet: Re: Chanvre indien   Dim 6 Déc 2009 - 12:09

Ahmed R. Benchemsi, « UNE HYPOCRISIE MAROCAINE. Le kif du Rif : un secret mal gardé », en ligne, Courrier international, 7 novembre 2002, disponible à l’adresse URL suivante : http://cannabis.free.fr/articles/maroc_kif_rif.html

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MessageSujet: Re: Chanvre indien   Jeu 17 Déc 2009 - 14:39

sophos a écrit:
Selon, M. Elmoussati, c’est «un thème qui […] n'est pas abordé dans le forum et qui a beaucoup d'importance pour la région: c'est la culture du chanvre indien. En quoi et comment cette culture a amélioré les conditions d'existence des pauvres fellahs ? En quoi et jusqu'à quel point cette culture a modifié, pour ne pas dire détérioré, certaines valeurs, certaines pratiques, les liens sociaux entre tribus et psychosociaux entre individus ? »

LE CHANVRE INDIEN CHEZ LES JBALAS


La culture du Chanvre indien a-t-elle participé au changement des conditions de vie des habitants de la Région des Jbalas ? Si oui, comment cela se traduit-il dans la réalité socioéconomique de notre Région ? Pour apporter une réponse, la mienne, à cette interrogation, je précise que je ne ferai que témoigner, en relatant tout simplement ce que je sais de certaines tribus de Ghmara, dont je suis originaire et à laquelle des liens forts m’attachent. Je n’ai nullement la prétention d’apporter une réponse exhaustive à cette question, il faudrait que d’autres parmi nous apportent leurs réponses et ainsi construire une réponse plus générale. Avec la régression des superficies cultivées, certains éléments sont peut-être déjà dépassés, mais mon propos concerne une période allant des années 80 à la décennie qui s’achève.

PRECISIONS NECESSAIRES :

1. La quasi-totalité des fellahs sont restés des agriculteurs. Ils ne cultivent pas la totalité de leurs terres en Kif, mais alternent cette culture avec celle plus vivrière (pour eux et pour leurs bétails), des céréales (blé, seigle, maïs, fève) et des légumes. Il s’agit d’un roulement des lopins de terre.

2. Plus la superficie des terres cultivées par les fellahs est grande, plus la récolte est importante et plus les revenus sont conséquents. Déjà au départ, les familles de fellahs n’ont pas les mêmes chances de s’enrichir, suivant leurs possessions.

3. Puisqu’il s’agit d’une activité strictement familiale, alors le nombre de personnes en âge de travailler la terre a une très grande importance. Les familles nombreuses qui ont, présentement, peu de terres cultivables coupent alors la forêt pour en augmenter la superficie ; il peut s’agir de la forêt du domaine ou tout simplement de terres familiales laissées à l’abandon avant l’introduction ce cette culture et que l’on revalorise ainsi.

4. Deux types de culture : irriguée (seqouiyya) et non irriguée (be3liyya). La Be3liyya est semée vers le mois de mars et coupée vers celui de juin. La Seqouiyya dure de juin à août/septembre. Cette dernière est pratiquée intensivement sur les rivages des Oueds, quelque fois près de sources mais en petite quantités. Le rendement de ces terres est très supérieur à celui des terres non irriguées. La Be3liyya est dite Bekriyya, semée tôt et la Seqouiyya est dite Mazouziyya, semée plus tard.

5. Une fois le Kif coupé, transporté, séché sur les terrasses des maisons et stocké dans des pièces aménagées à cet effet, la saison agricole du Kif est terminée. Les fellahs attendent le passage des trafiquants. C’est eux qui fixent les prix et qui font monter et baisser les cours. Le pauvre paysan subit donc ce système et empoche des miettes, si je puis dire, par rapport aux fortunes colossales qu’amassent les trafiquants nationaux et internationaux. Mais tout de même, ces revenus, inespéré avant le Kif, ont changé les conditions de vie de beaucoup d’entre eux.

Il va sans dire que les familles qui possèdent beaucoup de terre, qui sont nombreuses sont potentiellement en mesure de s’enrichir davantage que les autres, d’autant plus si leurs lopins sont irrigués et leurs membres en capacité de travailler. Mais il conviendrait peut-être mieux de parler ici d’une certaine « amélioration des conditions de vie » plutôt que d’enrichissement. Je dirai dans un prochain message en quoi consisterait, selon moi, cette AMELIORATION

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MessageSujet: Re: Chanvre indien   Ven 18 Déc 2009 - 6:43

LE CHANVRE INDIEN CHEZ LES JBALAS (suite)


DE QUELLE AMELIORATION S’AGIRAIT-IL ?

Grâce aux ressources apportées par la culture du Kif, les fellahs ont pu :

1. Chaque année, cotiser pour louer un engin de terrassement et ouvrir des pistes reliant les villages et hameaux (Dchouras) d’abord aux lieux importants pour leur vie économique et sociale; à savoir les souks, les stations de transports routiers, les Centres administratifs et, bien sûr, les villages entre eux et les tribus entre elles. Cela a atténué l’isolement de la population et beaucoup de personnes et de familles vivant en villes ont maintenant la possibilité de renouer le contact avec leur pays.

2. Certaines familles ont acquis des véhicules tels que camions, fourgonnettes et voitures pouvant circuler sur ces pistes. C’est devenu une source supplémentaire de ressources. Les plus aisées ont pu ainsi acheter et faire acheminer du fer, du ciment, du sable et des briques pour améliorer leurs habitats, en construisant de nouvelles demeures, avec un peu de confort comme des toilettes, une cuisine... Ainsi tous ceux qui ont les moyens et qui le veulent peuvent s’approvisionner plus facilement et en plus grandes quantité. C’est autrement plus commode que le dos des pauvres mulets.

3. Ceux qui se sont fait de plus grandes fortunes, mais ils sont peu nombreux tout de même, ont acquis des lopins de terres constructibles en front de mer et ont accédé ainsi à une seconde résidence. Cet afflux vers les bourgs maritimes (Mtar, Bouhmed/Chma3la, Stehat, Targha et Qâ3 Asres) est favorisé par la Rocade méditerranéenne en cours de construction, et dont le dernier tronçon entre Jebha et Tétouan sera achevé en 2011 ou 2012. Les pistes construites par les Jebalas, grâce au revenus du Kif, seront connectées à cette Rocade et le pays deviendra moins isolé et prendra peut-être un peu d'importance.

Ma réponse est donc oui. La culture du Chanvre indien dans la Région des Jbalas a apporté une certaine amélioration des conditions d’existence des citoyens. Mais de là à parler d’enrichissement, c’est aller un peu vite. On ne peut pas dire qu’une classe moyenne s’est constituée dans ces contrés, mais il est indéniable que sans cette culture, l’isolement géographique et la marginalisation de la population serait certainement plus grande. Pour autant, cette amélioration n’a-t-elle pas été en même temps source d’un certain nombre de problèmes ?

J’essayerai d’apporter ma réponse à cette nouvelle question dans un prochain message. D’autres que moi pourront faire de même !

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MessageSujet: Re: Chanvre indien   Ven 18 Déc 2009 - 17:35

Nous aimerions savoir également dans quelle mesure la culture du chanvre a pu avoir de l’impact sur les Djebala au triple de vue des valeurs, de la psychologie et de la de sociologie ?

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MessageSujet: Re: Chanvre indien   Lun 25 Jan 2010 - 11:02

Bonjour,
J'ai trouvé la réponse concernant l'impact de la Cannabiculture sur la vie social et sur le système écologique du pays des Jebalas. C'est un article publié par La Direction Départementale de l'Agriculture de la Province de Chefchaouen, dans la revue Terre et Vie (http://www.terrevie.net/)

J'avais commencé à élaborer ma propre réponse, mais c'est fastidieux. Cet article couvre largement ce que je pense, bien que je ne partage pas une vision parfois écolointégriste du rédacteur


LA CANNABICULTURE, QUELS ENJEUX !



Direction Provinciale de l’Agriculture
CHEFCHAOUEN

Juin 2006

5. Impacts de la cannabiculture
En référence au contexte économique difficile de la région rifaine, longtemps resté à l’écart des mutations économiques de l’ensemble du pays, force est de constater que la culture du cannabis, est considérée par la population rurale comme un moyen de survie porteur d’un espoir d’amélioration de leurs conditions de vie. En réalité, cette aspiration est restée un veux pieux, les gains financiers espérés n’étaient pas au rendez vous. A contrario, les effets destructeurs de cette culture ne sont pas à démontrer. De plus, les opportunités
d’amélioration substantielles des revenus des ménages ruraux par l’intégration du cannabis dans le système de production des exploitations, semblaient à l’origine d’un déséquilibre constaté et tendanciel démographie/stock des ressources naturelles. Ajouté à tout cela, les zones de production du cannabis ont
connu de profonds changements ayant bouleversé les valeurs mêmes de la société et induit de nouveaux comportements et rapports aux seins des familles.
En définitive, les emprunts de la cannabiculture sur l’économie régionale et plus spécifiquement le secteur agricole, sur l’environnement et les relations sociales se dessinent tout azimut.

5.1 Recul des activités agricoles
La régression du secteur agricole dans la région du Rif central et plus particulièrement, dans la province de Chefchaouen, constitue une des répercussions majeures de l’introduction du cannabis et sa prédominance dans les assolements des exploitations. En effet, il y’a matière de mettre en exergue, les tendances constatées relatives au recul de l’importance qu’occupaient autrefois, certaines spéculations agricoles notamment l’élevage, l’arboriculture
fruitière et les cultures maraîchères. Preuves en appui, les effectifs du cheptel sont en nette régression, sa productivité est faible. Aussi, les cultures habituelles
– légumineuses, céréalicultures et cultures maraîchères - sont devenues de moins en moins intéressantes. L’arboriculture, à priori la vocation dominante de la province, est de plus en plus délaissée, là ou elle est, elle sert essentiellement
d’alibi. La culture du Kif est devenue une culture de rente pour les villageois qui ne cherche même pas, à la camoufler, comme autrefois, dans le milieu parmi leurs cultures de subsistances.
La conséquence en est qu’à l’échelle des terroirs villageois, se manifeste une évolution de plus en plus affirmée vers un phénomène de monoculture infestant le paysage agraire. C’est toute l’équilibre de l’écosystème, qui s’en est trouvée rompue du fait du recours aux apports à outrance des engrais et, la surexploitation des sols engendrant la destruction des terrains boisés, l’érosion et le ravinement. Somme toute, il faut dire que l’attachement des agriculteurs à la production du cannabis, dans la province de Chefchaouen et dans toutes les zones productrices, a entraîné d’une part, une déperdition de leur savoir faire et
d’autres part, une stagnation voire un rétrécissement du volume des productions
agricoles. Ainsi, il convient de mettre en relief la situation actuelle de la province de Chefchaouen, qui est caractérisé par un déficit – différence entre consommation et production – pour l’ensemble des produits végétaux comme les céréales, les légumineuses et les légumes. Dans la foulée, les exploitations
agricoles où les systèmes de production, sont dominés par la culture de cannabis, se sont réduites à des unités de consommation dont l’essentiel des denrées alimentaires est procuré par l’extérieur, en grande partie les exportations agricoles des autres provinces.

5.2 Destruction du paysage et dégradation des ressources naturelles
Au niveau de l’exploitation familiale, l’envie d’étendre la superficie cultivée au détriment de la forêt ne cesse de s’accroître. En effet, la recherche d’espace de cultures pour satisfaire une population jeune, crée une saturation dans l’exploitation du milieu. De facto, Le système est entrain d’évoluer vers un système fermé, ce qui aboutirait à l’effondrement de l’équilibre des écosystèmes
forestiers : la population paysanne est tentée par le domaine forestier pour y puiser de nouveaux espaces pour l’extension du Kif, ceci constitue une
menace aussi bien pour l’avenir des formations forestières, que pour la préservation de l’assiette foncière du domaine forestier.
Dans la province de Chefchaouen, la cannabiculture est considérée comme le principal facteur responsable de la régression galopante de l’espace forestier à travers les défrichements des forêts. Ces derniers, représentent annuellement plus de 80% du total des délits constatés dans la province. Les actions de défrichements ont été concentrées au début des années soixante dix, dans les communes du cercle de Bab Berred voisines de celles de Ketama. Par la suite, elles se sont étendues sur les autres communes des cercles de Bab Taza, Bouhmed et Mokrisset et, elles se sont même accentuées dés le début des années 1980, par l’introduction d’une nouvelle variété de cannabis en provenance des pays bas adaptée à l’irrigation.
Ainsi durant la période 1981-1986, la superficie défrichée a totalisé 10.445 ha, soit un taux de défrichement annuel moyen de l’ordre de 1741 ha.
Actuellement la superficie défrichée annuellement est de l’ordre de 1400 ha. Le
tableau ci-après donne une indication sur les superficies défrichées et constatées
à l’intérieur du domaine forestier.
Année Superficie défrichée en ha
1995 1417
1996 1959
1997 1573
1998 1798
1999 1302
2000 640
2001 1113
2002 1472
2003 982
Par ailleurs, la conduite du cannabis en monoculture engendre des effets de dégradation importants sur le sol, aggravés par l’utilisation abusive des engrais. Les doses d’engrais sont multipliées par trois ou quatre comparativement à celles utilisées pour les cultures céréalières et de légumineuses. Parallèlement de gros moyens sont utilisés pour assurer l’irrigation à partir des retenus d’eaux au bord des oueds ou carrément par le biais de forage. En définitif, sur le plan environnemental, la situation est en train d’évoluer selon un scénario catastrophique se traduisant par la dégradation des patrimoines : sols, eaux et forêts.

5.3 Impact social
La cannabiculture a engendré des disparités sociales d’autant plus fortes qu’aucun impôt n’est payé, ni pour la culture, ni pour sa commercialisation. Ainsi, de fortes inégalités sociales s’établissent entre les villageois, autrefois liés par la solidarité du groupe et les impératifs de la tradition communautaire. Dans ce sens, il importe de souligner que plusieurs formes d’entraide au niveau du terroir sont en voie de disparaître, ce qui corrobore la montée de l’esprit de l’individualisme qui semble devenir le maître mot dans le terroir villageois.
De plus, les rapports sociaux sont devenus de plus en plus monétarisés.
Indéniablement, le premier signe visible de disparités sociales apparaît patent dans les transformations de l’habitat: Les petits agriculteurs rénovent leurs maisons, alors que les grands les modernisent en introduisant de nouveaux matériaux dans la construction avec de nouvelles architectures.
La concrétisation de la logique de l’individualisme, s’accompagne d’un renversement de la hiérarchie sociale: le statut de chacun se mesure à l’importance de sa richesse générée par le Kif.
Dans ce sens, les gros producteurs du Kif et les trafiquants sont les plus favorisés, et peuvent de ce fait dominer en utilisant le pouvoir local. Cette situation, s’est soldée au fil des années, par l’émergence d’une nouvelle élite politique, fort de sa richesse et ayant la main mise sur la gestion des affaires communautaires.
Dans les zones où la cannabiculture sévit, les valeurs sociales sont mêmes remises en cause : le savoir est dévalorisé, l’école désertée, le voisinage devient
source de conflit. La famille, les relations parents- enfants sont profondément
déchirées et ébranlées. C’est le profil d’une société éclatée et frustrée.
Quant aux jeunes, représentant une proportion importante de la population active, ils se désintéressent de plus en plus des activités agricoles. Les exercer est désormais, de leurs points de vue, dévalorisant compte tenu d’une part, des perspectives de gains financiers générés par la cannabiculture , sans commune mesure supérieurs à ceux des autres spéculations, et d’autre part, de leurs aspirations à un mode de vie urbain
plus décent.
Sur un autre plan, avec le développement de la filière du Kif, c’est tout le dynamique démographique qui a été changé donnant lieu à un espace surpeuplé
d’habitants. Même les émigrés reviennent reprendre leurs terrains, pour s’adonner à leur tour à la culture du Kif.
Les répercussions de cette situation, sont apparent on ne peut plus clair sur le
renchérissement des prix des parcelles agricoles et le surgissement des conflits
sur le foncier devant l’exiguïté des exploitations.
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elmoussati
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MessageSujet: Re: Chanvre indien   Dim 31 Jan 2010 - 7:50

Bonjour,

Voici un complément audiovisuel concernant l'impact de cette culture sur la société, la nature et le jeu du chat et de la souris entre citoyens et pouvoir marocain.

http://www.hespress.com/?browser=view&EgyxpID=18087
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MessageSujet: Une thèse   Mer 31 Mar 2010 - 12:48

TORREGROSA, Pascual Moreno, « Estudio del cultivo de cannavis sativa en el Rif marroqui : sus consecuencias socieconomicas par la region », thèse de doctorat, Universidad politecnica de Valencia (Espagne), 1997, http://dspace.upv.es/xmlui/bitstream/handle/10251/4623/tesisUPV818.pdf?sequence=1

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